Connexion membres

Qu’est-ce que la qualité en traduction ?

La traduction est une pratique empreinte de subjectivité. Est-il pour autant impossible de définir la qualité en traduction ou encore de reconnaître une traduction de qualité ?

 

Autant le dire directement : rassemblez trente traducteurs professionnels dans une salle et faites-leur définir quelle serait LA meilleure traduction d’un texte. C’est (quasiment) impossible. La langue étant une manière subjective de rendre la réalité objective, nous en avons tous une perception plus ou moins teintée de subjectivité et un usage plus ou moins personnel.

Comme il en est des goûts et des couleurs, il est bien plus simple de pointer ce qui ne nous plaît pas que ce qui nous plaît. De la même manière en traduction, il est plus facile de définir ce qui est faux, maladroit, incorrect, lourd, "pas heureux", que, dans l’absolu, ce qui serait, une fois pour toutes, la "bonne réponse".

C’est ainsi que l’on pourrait alors procéder pour donner une première définition de la qualité : la qualité, c’est ce qui n’est pas mauvais.

 

Mais cette définition reste insatisfaisante. Évidemment, on pourrait également avancer, en conservant volontairement le flou, que le degré suprême d’une bonne traduction est pour le lecteur de ne pas se rendre compte qu’il s’agit d’une traduction, qu’elle soit totalement transparente pour le lecteur. Il s’agirait alors d’un texte tellement compréhensible, fluide et agréable à lire qu’on pourrait croire à une version originale. À travers cet exemple, on découvre deux critères qui sont les piliers de l’évaluation de la qualité : la compréhension (understandability) et la lisibilité (readability).

 

Mais un texte qui serait réécrit, qui contiendrait en substance le message d’origine, mais en en occultant la forme, serait-il une bonne traduction ?

L’exemple du Han Kang-Gate est assez parlant.Il concerne la traduction en anglais d’un livre coréen, écrit par Han Kang, "The Vegetarian" et dont la traduction a fait débat. En effet plus de 10 % du texte traduit ne respecte pas le texte source et 5 % du texte source a été délibérément omis, la traductrice allant jusqu’à remplacer le mot "bras" par "pied" pour améliorer la description d’une action.

Cet exemple nous amène donc à préciser notre définition d’une traduction de qualité. Il s’agirait alors d’un texte qui maintienne la bonne compréhension du message, qui soit facile à lire et qui respecte scrupuleusement l’intégrité du texte source, son intention et son style.

 

On entend souvent cette expression, répétée à l’envi : "de toute façon, traduire c’est trahir". Il conviendrait plutôt de dire : "Mal traduire c’est trahir", car une bonne traduction prend en compte l’objectif du texte, son contexte, son intention et sa forme. Elle est censée l’adapter non seulement à sa propre langue, mais surtout à sa propre culture. Pour compenser les mauvaises traductions, le secteur a inventé le concept d’adaptation culturelle, mais une bonne traduction se doit de prendre en compte cette dimension. Au sens propre, traduire ce n’est pas faire comme Google Traduction, proposer simplement un mot dont le sens correspond à un autre dans la langue source. Il s’agit avant tout d’adapter un texte dans une autre langue, pour qu’il soit compris dans une autre dimension et culture, tout en respectant son intégrité.

Pour finir cette introduction sur la qualité, voici les critères établis par la profession, qui réfléchit depuis des décennies sur le sujet. La qualité, ou plutôt la non-qualité, lorsqu’on l’évalue, est le fait de fournir une traduction imprécise, qui comporte des omissions ou des ajouts, une traduction qui présente des problèmes de cohérence tout au long du texte ou bien avec les autres textes, une traduction qui ne respecte pas certaines spécificités linguistiques du pays de destination, une traduction qui va à l’encontre du sens du texte source, une traduction qui présente des erreurs sur la qualité de la langue ou des problèmes de style.